Interview,  Matériel

Tout sur la lutherie : entretien avec un luthier

Si vous me suivez sur les réseaux sociaux vous savez que je me suis rendue il y a quelques jours à Strasbourg pour travailler avec Guillaume Kessler. Guillaume Kessler est le luthier qui prépare mes packs du violonistes débutants, et j’en ai profité pour lui partager vos questions sur la lutherie et le métier de luthier 🙂

Cette vidéo est plus longue que celles que je fais habituellement, et pourtant j’ai essayé de la raccourcir au maximum… Nous avons tellement papoté qu’il y avait plus d’une heure de contenu, ça a été difficile de faire un tri 😛

J’espère que cette interview vous plaira et qu’elle vous apprendra plein de choses sur la confection de nos merveilleux instruments 🙂

En attendant n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site de Guillaume sur lequel vous pourrez trouver de super violons et tous les accessoires dont vous avez besoin !

Je vous résume ici les idées principales de l’interview, pour avoir tous les détails, regardez plutôt la vidéo 😉

ML -Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir luthier ?

Guillaume Kessler – Quand j’ai commencé le métier je m’attendais à quelque chose de très différent. J’avais cette image du luthier tranquille et seul dans son atelier, à la manière de Gepetto. Il se trouve que c’est finalement très différent.

Ce qui m’a attiré dans ce métier c’est de pouvoir mêler le côté scientifique et le côté artistique, le côté technique et le côté manuel. C’est aussi le fait de pouvoir façonner de mes mains le meilleur violon possible.

Quelles études faut-il suivre pour devenir luthier ?

Il faut savoir que le métier n’est pas réglementé et que tout le monde peut se déclarer luthier. Par contre il existe des diplômes d’arts et des écoles de lutherie en Europe ( Mirecourt, Mittenwald, Newark, Crémone… ). Le diplôme s’obtient au bout de 3 à 5 ans. Ces écoles sont accessibles sur examen d’entrée après avoir obtenu le baccalauréat. Il y a cependant un CAP à Lyon qui permet d’apprendre la lutherie avant le Bac mais cela ne concerne que de rares apprentis chaque année.

Faut-il savoir jouer du violon pour être luthier ?

On n’a pas forcément besoin de savoir faire du violon pour tailler du bois 😛 . Être luthier c’est travailler pour les autres. Il n’est pas du tout nécessaire de savoir jouer du violon pour en construire, et encore moins d’être un virtuose. Il existe d’excellents luthiers qui ne peuvent pas jouer !

Combien de temps faut-il pour confectionner un violon ?

Pour construire un violon de A à Z, en sachant que certaines pièces ne sont pas faites par le luthier ( cordes, mentonnières etc ) on peut compter environ 200 heures de travail. On peut être aidés mécaniquement, ce qui permet d’augmenter la cadence. Il y a aussi la possibilité de fabriquer des violons en série grâce à des machines, ce qui permet d’aller encore plus vite. Mais la fabrication artisanale traditionnelle avec des outils à main, prend au moins 200 heures.

Quelles sont les différentes étapes de la fabrication d’un violon ?

On part de planches de bois ( fond, table, éclisses, volute, manche ) que l’on va jointer si besoin puis sculpter. Ensuite on assemble les différentes parties, en les collant. On va ensuite sceller le bois afin de le protéger et d’empêcher que le vernis ne pénètre à l’intérieur du bois. Puis on peut appliquer le vernis. Il y a deux types de vernis ( huile ou alcool ), dans tous les cas le dosage est important, il doit bien protéger le violon, être ni trop sec ni trop mou. Le vernis protège et embellit l’instrument, mais il altère un peu le son du violon. Après le vernis on opère au montage du violon ( touche, cordier, chevalet, âme, cordes… )

Pourquoi utilise-t-on certains bois plutôt que d’autres en lutherie ?

Il y a deux essences utilisées traditionnellement dans la lutherie : l’épicéa et l’érable. Ils sont à la fois légers et résistants, parfait pour être mis en vibration. Ils se trouvent également très facilement en Europe, ce qui explique pourquoi on les utilise depuis très longtemps. Le bois noir (touche, cordier… ) est quant à lui de l’ébène. C’est un bois dense qui s’use moins rapidement et qui est donc utilisé pour les pièces « d’usure » afin de ne pas avoir à les changer trop souvent.

Pourquoi un violon sonnera mieux qu’un autre ?

Déjà, est-ce que ce ne serait pas un peu subjectif ? Le côté visuel peut déjà avoir une influence. Dans la réalité il y a de nombreux facteurs qui interviennent dans la qualité du son. Le choix des matériaux, leur qualité, la façon dont ils sont sculptés. C’est un juste équilibre à trouver entre la solidité et la finesse de l’instrument. La forme du violon va influer sur le son produit. Il doit aussi être facile à jouer. Le montage a également une grande importance.

Comment se fait-il qu’un violon s’améliore quand on joue dessus ?

Quand un violon n’a jamais été joué ou qu’il n’a pas été joué pendant longtemps, les fibres du bois ne sont pas habituées à vibrer. Jouer dessus va remettre en vibration le bois et petit à petit il va retrouver sa capacité de vibration maximale. Le bois évolue, il est vivant.

Les violons sont-ils toujours réparables ?

Oui, aujourd’hui on a des techniques de restauration et de réparation exceptionnelles. Le problème c’est de savoir si cela vaut le coup de réparer l’instrument. Les réparations peuvent coûter très cher, il faut juste estimer si on est prêt à investir cette somme, ou s’il vaut mieux acheter un nouveau violon.

À quoi sert l’âme du violon ?

L’âme est un petit bout de bois, petite colonne d’épicéa que le luthier va venir placer à l’intérieur du violon, un peu derrière le pied du chevalet.

Sous l’autre pied il y a la table d’harmonie. Les deux servent à soutenir la voute de la table contre la tension des cordes et du chevalet. L’âme est mobile, on peut la déplacer et ainsi changer la sonorité du violon cela fait partie des différents réglages possibles sur le violon. Et cela a une grande influence sur la façon dont l’instrument va vibrer.

Peut-on vivre de la lutherie aujourd’hui ?

Oui on peut tout à fait vivre de la lutherie. Il y a différentes façons de vivre de la lutherie. On peut en survivre, on peut en vivre et on peut également très bien en vivre ! On peut être salarié ou à son compte. On peut donc avoir un salaire d’employé ou avoir des revenus aléatoires en tant qu’artisan indépendant.

Est-il possible de pratiquer la lutherie en amateur ?

La lutherie amateur est très répandue. Il est tout à fait possible de faire son instrument si on est patient, passionné. On peut acheter un livre et faire son propre violon. Est-ce que ce sera merveilleux ? Je ne sais pas ! Mais en tout cas c’est certainement une très belle expérience !

Merci beaucoup Guillaume pour tes réponses à nos questions et à bientôt !

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